Mozart et Dvořák en fermeture des Nuits Pianistiques : une jeunesse concertante et vibrante

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Ce vendredi 8 août, le Festival, fidèle aux missions de l’association Musiques-Échange, reçoit l’Orchestre italien des Jeunes Magna Grecia, sous la baguette engagée de Piero Romano. En première partie, il donne la réplique à la pianiste franco-marocaine Dina Bensaid, formée notamment auprès de Jacques Rouvier à Paris, puis à Londres et New York. Le Concerto n°20 en ré mineur de Mozart, au dramatisme dense, est exalté par une interprétation décidée et affirmée. L’orchestre se déploie ensuite, traversant l’Atlantique avec Dvořák. Nommé directeur du Conservatoire de New-York en 1892, il compose la célébrissime et foisonnante Symphonie n°9, dite « du Nouveau Monde », un an après ; une œuvre qui peut s’entendre comme un concerto pour orchestre, aux premiers pupitres particulièrement exposés.

Créé par Mozart lui-même au clavier en 1785, le Concerto n° 20 s’inscrit dans le catalogue des rares pièces composées en mineur, notamment ré mineur, toutes monumentales : Don Giovanni et le Requiem. Il porte ce soir les cadences de Beethoven, qui en appréciait l’écriture anguleuse et la tension dramatique.

Dès l’Allegro, Piero Romano obtient des cordes une pâte ronde et sinueuse, des vents une fraicheur incisive, tandis que la pianiste entre en jeu avec un phrasé ciselé, un jeu expressif, voire expressiviste, propre au néo-romantisme émotionnel de notre temps. Les doigts rebondissent avec rapidité sur le clavier, portés par une énergie subtilement explosive qui produit des contrastes dynamiques nets et marqués. La sonate et ses thèmes s’élancent comme des personnages d’un théâtre grandiose, traversant des épreuves initiatiques. La cadence beethovénienne, forme d’hommage anguleux, semble se rapprocher de la scène pour être en prise directe avec l’intrigue.

Apaisement provisoire, le deuxième mouvement, de Romanze, lyrique et chantant, rapproche les parties d’orchestre et de piano dans une texture légère et délicate sur le plan de la justesse mélodique et rythmique. Le piano doit s’insérer dans la matière symphonique, toujours très travaillée à la petite harmonie, comme une petite pluie perlée qui ruisselle sur la terre féconde de l’orchestre. L’assombrissement et l’orage, dans la partie centrale, donne au Da Capo sa dimension existentielle.

L’Allegro assai final, presque accolé au mouvement précédent, renoue avec l’ample architecture des débuts, dans une parenté thématique que les interprètes soulignent, les timbales répondant du haut de leur estrade aux emportements majestueux du piano.

Un rappel du public obtiendra en bis un nocturne de Chopin sélectionné par la pianiste, comme au hasard, sur sa tablette numérique. « Qu’est-ce que vous voulez écouter ? » demande-t-elle au public, avec une convivialité propre au salon de musique. De fait, une parenté est-elle établie entre le cantabile soyeux de Mozart et celui, plus velouté, du compositeur romantique.

Après l’entracte, la phalange obtient du renfort, notamment des cuivres, pour élargir l’espace sonore et repousser sa ligne d’horizon. La symphonie comporte quatre mouvements et commence également dans une tonalité mineure.

Dans l’Allegro molto, cuivres étincelants et cor anglais expressif s’inscrivent dans des crescendos amples, canalisés par la battue à la fois ferme et souple du chef. Il donne avec précision toutes les entrées, dose le volume des différents pupitres, en maître de chapelle rompu à l’exercice savant du contrepoint. Le Largo pose sur la scène un choral granitique, veiné par les frissons des cordes et les miroitements de la petite harmonie. Le Scherzo adopte le tempo vif du molto vivace, emporté par la fraicheur de la jeunesse et l’enthousiasme maîtrisé du chef. Ce dernier semble appeler et réunir les forces musicales dans les moments de silence qui séparent les différents mouvements. Dans le finale con fuoco, virtuosité et cohésion se rejoignent dans une apothéose éclatante, portée par la vigueur collective d’une jeune phalange nécessairement plus proche de l’éclat lumineux que des ombres du murmure.

Ainsi se referme le Festival, au point d’équilibre entre tension dramatique et souffle poétique, rigueur et passion. Ce concert de clôture montre combien la force concertante de la musique est précieuse.

Florence Lethurgez